Innovateurs

Pensez comme un entrepreneur

 

Arthur ZANG, le futur des soins en Afrique face aux déserts médicaux

Pensez comme un entrepreneur. C’est ce que je dis à mes clients. Pensez comme un entrepeneur. À un atelier il y a plus d’un an, un participant me disait  : « Vous voulez que nous pensions comme des entrepreneurs, mais nous ne sommes pas des entrepreneurs ».

Et pourtant,  tout superviseur désireux de voir ses collaborateurs évoluer attend cette attitude de leur part. C’est le meilleur conseil que j’ai reçu il y a 9 ans quand j’étais salariée : « J’attends de mes collaborateurs qu’ils pensent comme des entrepreneurs.». Qu’est-ce qu ça signifie ? Ça signifie que quelle que soit votre activité, vous devez la gérer comme si c’était votre affaire. Comme si vous ne travailliez pas pour une organisation, mais pour vous. Votre argent. Vos enjeux. Votre portefeuille de projets, clients ou d’activités.

 

Beaucoup confondent entrepreneur et entreprise. Dans l’un, il s’agit avant tout d’état d’esprit, de raisonnement, d’innovation et de stratégie. Dans l’autre, il est question d’une forme juridique ou au mieux comme dit Elon MUSK, patron de Tesla Motors (véhicules électriques haut de gamme) et SpaceX (transports spatiaux et fusées réutilisables) « d’un groupe de personnes qui travaillent ensemble sur des produits ou des services ». La nuance mérite d’être soulignée.

Le terme entrepreneur fait peur. Et pourtant c’est une occasion rare qui vous est donnée de libérer votre génie. Osez dépasser vos peurs parce qu’il y a de nombreux mythes sur l’entrepreneuriat. J’en ai identifié 6 :

-      Pour entreprendre ses idées, il faut avoir des idées de génie.
-      Sans financements conséquents, rien ne peut se faire.
-      Certains sont nés entrepreneurs dans l’âme, d’autres non.
-      Il faut un contexte favorable.
-      Il faut être prêt pour entreprendre ses idées.
-      Il faut créer un business plan carré. 

Au Cameroun, Arthur ZANG a démarré comme Steve JOBS et Steve WOSNIAK aux États Unis ont débuté. Il n’a pas attendu que les financements viennent le trouver.  À vrai dire aucune banque ne souhaitait le financer. 

 

Arthur ZANG s’est lancé en 2009 dans la création du CardioPad parce que le Cameroun, pays de 20 millions d’habitants à l’époque, comptait moins de cardiologues.  À la suite d’un stage dans un service de cardiologie, le jeune ingénieur en informatique ne ménagera plus ses efforts pour y pallier.

Crédit photos : Himore Medical
 

 

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La télémédecine,
une solution à la pénurie de cardiologues au Cameroun

 

L’ancien étudiant de l’école polytechnique de Yaoundé qui dit « avoir toujours été intrigué par le fonctionnement des appareils médicaux » était étonné de voir dans ce service, des électrocardiogrammes en papier. Le premiers pas pour lui fut de créer une application capable de numériser le signal cardiaque.

Puis, il décida alors de se réinscrire en recherche avec l’idée de créer une tablette tactile à usage professionnel qui permettrait par capteurs de pratiquer un examen cardiaque (ECG).  À l’aide de l’application mobile intégrée, les données sont envoyées à distance au cardiologique qui peut les analyser depuis son téléphone et faire une prescription médicale à l’assistant médical qui a effectué l’examen. 

Pour pallier aux coupures d’électricité, la société a prévu aussi dans le kit des batteries rechargeables par panneaux solaires.

 

Sur le site de l’Observatoire national des ressources humaines du ministère camerounais de la santé, le nombre de cardiologues indiqué est de 38 dont 25 dans 2 des 10 provinces du pays, le Littoral (9) et le Centre (16). Autrement dit 8 provinces doivent jongler avec 13 spécialistes. Grâce à l’innovation d’Arthur ZANG et de son équipe, plus de personnels soignants peuvent être formés aux examens via le CardioPad. Et sauver plus de vies.

 

 

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Pour y parvenir, il s’est inscrit à des MOOC (Massiv Open Online Course) indiens pour apprendre commencer à apprendre à fabriquer un tel appareil.  Il fut aussi remarqué dans le cadre d’un concours  international, le Microsoft Imagination Competition et reçut des composants électroniques. Il se lança également dans le financement participatif. Chemin faisant, une vidéo de son projet parvint au Président camerounais et l’État camerounais décida de lui accorder une aide de 40000 dollars. Arthur ZANG a été également récipiendaire du prix Rolex Awards for Entreprise et a bénéficié d’une bourse de 50 000 euros.

  

« Mon père est décédé d’une attaque cardiaque pendant la phase de développement du CardioPad. Cela m’a donné encore plus de motivation pour mener le projet à terme », 
Arthur Zang, au micro de la BBC en janvier 2016

 

Début 2015, Arthur ZANG créait ses premières tablettes. La commercialisation officielle démarra en janvier 2016. Aujourd’hui plus des 40% des ventes de l’entreprise Himore Medical qui commercialise le CardioPad sont réalisées avec le secteur public camerounais. Là où un service de cardiologie devrait être équipé d’appareils coûteux, les tablettes CardioPad coûtent environ 3 299 dollars. Elles sont évolutives puisqu’elles intègreront dans le futur un interface de consultation visuelle. Pour aujourd’hui diriger cette PME de plus de 150 millions de CFA (228673 euros), le jeune dit avoir dû penser en même temps comme un ingénieur et un entrepreneur.  

 

Pour vous accomplir, vous avez plus besoin de questions que de réponses. Vous avez besoin de bonnes questions. Celles qui vous aident à dépasser le statu quo. Et à penser différemment.

 
 
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Faites ce qui est difficile

 

Aïssa DIONE, la fine fleur du textile africain

 

Our task today is to find singular ways to create the new things that will make the future not just different, but better
— Peter THIEL

O.K. vous ne l’avez jamais fait. Mais ça ne veut pas dire que vous ne pouvez pas le faire. 

Faites ce qui est difficile et vous décuplez votre créativité. Vous élargissez aussi votre zone de confort. Faire ce qui est difficile c’est souvent aller à contre-courant. Là où les autres se livrent une compétition, misez sur votre différenciation. Vous aurez plus de place pour vous accomplir.

Les conditions parfaites n’existent pas. Il y aura toujours des contraintes. À vous de les transformer en opportunités. Dans l’action, vous repoussez vos limites. Vous faites des erreurs et apprenez plus. Vous ajustez. Vous vous révélez ! Cela est valable pour l’entrepreneuriat comme pour l’emploi.

Faire ce qui est difficile c’est identifier un problème. Le cerner à la racine. Beaucoup de raisonnement critique s’il en faut. Mais assurément une façon contre-intuitive de penser. Là où l’océan sera plus bleu que rouge. Là où les gens valorisent le service, l’innovation, la résolution de problèmes. Faire ce qui est difficile c’est aller à la rencontre de notre raison d’être unique. 

Le meilleur exemple qui me vient à l’esprit est celui d'Aïssa Dione, fondatrice de Aïssa Dione Tissus et aujourd’hui à la tête de près de 100 employés au Sénégal. 

 

Crédit photos : Anthony MARCO pour la galerie Nelly Wandji, dans le cadre d'une explosion intitulée « Weaving, Art, Objects » qui a lieu en septembre 2017 à Paris. Photo d'Aïssa DIONE, Jean-Christophe MARMARA pour le Figaro.
 

 

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Prospectant pour vendre ses tableaux en 1985, une grande entreprise fit part  à Aïssa DIONE de ses besoins : donner un nouveau souffle à leurs bureaux. C’est ainsi que l'artiste-peintre qu’elle était déjà a ajouté d’autres talents à son génie, le design textile. Et la volonté d’exploiter et de valoriser les savoir-faire locaux a transformé un pari risqué en une marque internationale. En 1992, elle créait Aïssa Dione Tissus.

Au démarrage de cette nouvelle activité, un seul tisserand avait accepté le pari d'Aïssa DIONE : celui d'augmenter la largeur des tissus de fabrication artisanale de 15 cm - largeur traditionnelle du tissage manjak - à 90 cm. Derrière cette condition, un contrat de décoration intérieure avec une grande entreprise locale. Une première pour l'artiste, mais aussi pour une entreprise de cette taille qui généralement avait recours aux importations. Alors, Aïssa DIONE commença avec ce tisserand dans son jardin. Puis parvint à convaincre le frère de ce dernier. Et enfin leur cousin. Diplômée des beaux-arts en France, la franco-sénégalaise voyait déjà dans ce premier apport technique la possibilité de conquérir l’international. Aujourd’hui ces mêmes tissus ont des largeurs répondant aux standards européens, soit 140 cm.

Les tissus Manjak sont habituellement utilisés pour des grandes cérémonies en Afrique de l’Ouest. Aïssa DIONE a donné, à ce tissage et à tous ces savoir-faire en extinction, une qualité exceptionnelle et un jeu de couleurs et de motifs uniques et travaillés. Moderniser les savoir-faire traditionnels et proposer une slow industrie est son crédo. Ce n’est pas la quantité qui compte, mais la qualité, la beauté, la créativité. Le textile africain est ici élevé au rang d’artisanat d’art. 

 

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L’industrie textile sénégalaise a quasiment disparu. Excepté les ateliers Dione. Grâce à des commandes d'institutions d'excellence  comme le Métropolitan Museum store New York, Hermès, Paco Rabanne, Fendi, Christian Lacroix, sans compter un référencement auprès de grands magasins - Takashimaya au Japon - d'architectes et de décorateurs d’intérieur comme Jacques Grange ou Peter Marino. Au Sénégal, des hôtels comme le King Fahd Palace de Dakar lui ont fait confiance. À la clé, un contrat de plusieurs millions de francs CFA.

En rachetant et en exploitant les machines des anciens acteurs du secteur en faillite, la maison Dione crée des tissus de haute qualité à un prix 15 à 50 fois plus élevé que les anciens exploitants. Les machines aussi peuvent créer de la valeur quand les hommes deviennent plus innovants. Dans les années 80, le secteur comptait environ 70 000 employés. La maison Dione est l’une des seules encore en activité.

 

Du côté de la production de coton, le Sénégal ne fait pas mieux. Sa part de marché dans le secteur du coton est restreinte, 40 000 balles seulement (une balle vaut 480 livres ou 217,7 kilogrammes) pour la campagne 2017/2018. La région Afrique de l’Ouest a produit au total 4,685 millions de balles, soit une progression de 5%  (commodafrica). Mais le continent exporte 95% de sa production. Du coton fibre qui sera filé, puis tissé à l’étranger et reviendra sous forme d’importations. Un perfectionnement complètement passif dans lequel le continent ne retient qu’une partie infime de la chaîne de valeur internationale. Pour un coton pourtant de haute qualité.

Dans toute l'Afrique de l’Ouest, le secteur du coton et du textile concentre  10 millions de producteurs et plus d’un million de salariés. Il reste à peine une dizaine d’entreprises de transformation pouvez-vous lire dans le magazine Afrotribune

 

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Mais qu’a fait Aïssa Dione pour devenir
la fine fleur de l’industrie textile en Afrique ? 

 

Ce qui est difficile. Créer une chaîne de valeur intégrée qui réunit et fait travailler différents métiers comme le tissage, la broderie, la maroquinerie, la couture, la tapisserie et la menuiserie . Proposer un concept unique et différenciant d’ameublement et de décoration intérieure. Proposer du 100% Made in Africa. Collaborer avec les artisans locaux. Avoir du courage et persévérer même quand les banques et institutions financières ne suivent pas. 

Ce qui est difficile c’est avoir une vision et de patiemment la créer. Pas seulement par ambition, mais pour une cause encore plus grande : être le fer de lance d’une nouvelle industrie dans un secteur à l'agonie. Et pas qu'au Sénégal.

 


 

Apollonia POILÂNE . 34 ans . 3ème génération de boulangers . France

 

De la France au monde. In pursuit of rétro-innovation. 

Les circonstances ne font pas l’homme, mais le révèlent.
— James Allen


Chaque vie a son lot d’épreuves et de décisions graves à prendre. Vous pouvez baisser les bras. Parce que c’est dur. Mais vous aussi être courageux. Dépasser l’adversité dans l’espoir de meilleurs lendemains. C’est pour cela qu’aujourd’hui, j’écris un billet sur Apollonia POLÂNE, 3ème génération de boulangers et PDG de la maison de haute boulangerie française POILÂNE.

Les pains POILÂNE sont prisés en France et dans le monde pour leur fabrication artisanale. Ils sont reconnaissables pour leur miche brune de près de 2 kilos, marquée d'un P majuscule sur la croûte. Des pains au levain, cuits au four à bois. À la base, des farines moulues à la meule de pierre et du sel de mer. Pas d’additifs.  Mais des pains à l’ancienne qui se conservent aussi plus longtemps.

 

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Pourquoi écrire sur Apollonia POILÂNE ?

 

Parce qu’elle reprend à 18 ans seulement les rênes de l’entreprise familiale après le décès de ses deux parents en octobre 2002À cette période, elle se prépare plutôt à intégrer la prestigieuse université américaine Harvard pour poursuivre ses études d’économie et de gestion. Que de courage, de sens des responsabilités et de force à un si jeune âge !

Pendant 4 ans, Apollonia POÎLANE sera étudiante et PDG d'une entreprise de plus de 130 salariés et de 12 millions d’euros de chiffre d’affaires depuis BOSTON, dans l’État du Massachusetts . Tout en dissuadant les acheteurs potentiels, il s’agit aussi de préserver un nom, une histoire démarrée par son grand-père Pierre POILÂNE en 1932, rue du Cherche-Mididans le 6e arrondissement de Paris et développée par son père Lionel POILÂNE dès la fin des années soixante.  En mariant le meilleur du passé et le meilleur du présent, son père inventa le concept de retro-innovation. De la manufacture à Bièvres (Essonne) construite dans les années 80, des pains sortent du four pour rejoindre des tables du/ monde en 24 heures. 

Parce qu’elle se veut gardienne d’une certaine tradition, « un pain qui a du sens ». Pas d’opportunisme. Non au pain sans gluten parce qu’il Il ne correspond pas à l’âme de la maison. Mais oui à une diversité bien pensée. L’essentiel est dans quelques références (pain Poivré, buns, pain d’épices, chips de pain, sablés punitions) dont la fameuse miche. Dans son temps, son grand père avait refusé de fournir du pain blanc, « préférence » de l’époque. 

 

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Parce qu’elle trace sa propre voie à l’international. Son père, Lionel POILÂNE avait ouvert une boulangerie à Londres en 2000. Sous la direction de la jeune femme, 4 boulangeries ont été ouvertes à Paris,  à Londres (2011) et à Anvers (2016). Chaque jour, ce sont plus de 10 tonnes de pains qui sortent des fournils de Bièvres et de Paris, dont plus de 5000 pains au levain livrés dans 40 pays et auprès de 1500 distributeurs y compris des restaurants. 60 boulangers assurent cet exploit, soit un tiers de l’effectif. 

L’objectif pour Apollonia POILÂNE demeure la qualité. Qualité des ingrédients. Qualité du pain au niveau mondial. Qualité de la formation des équipes. Pour un pain qui continue à rassembler les humains. Un amour du pain, de son pain qu’elle partage aussi à travers l’écriture. En effet, Apollonia POILÂNE est auteure de plusieurs livres sur la préparation de pains, de brioche et de biscuits.

 

Crédits photos : Stéphane LAGOUTTE, l'Express, maison POILÂNE

Sources : maison POILÂNE, Thegentlewoman.co.uk; Challenges; blog l’Express; le Monde; Financial Times.


 

Ross SYMONS . Origami artist à White on Rice . 37 ans . Afrique du Sud

 

Une passion nommée origami.

 

Nous avons besoin d’être alertes, ouverts et vides.
— ALDOUS HUXLEY

Il y a des métiers qui interpellent et celui de Ross SYMONS en fait partie : origami artist.

C’est en lisant le magazine français Flow paru en décembre 2017 que j’ai découvert ce sculpteur sur papier basé à Cape Town. Tout est parti de la requête de son petit frère en 2002. Alors âgé de 21 ans, Ross SYMONS, comme tous les autres membres de sa famille est sollicité par son petit frère pour réaliser une création qu’il intègrera dans le cadre d’un projet d’école. Ne sachant par où commencer, son petit frère lui suggère un origami. Il créa un oiseau en papier et ne s’est jamais arrêté de créer.

 

L ’origami est tout simplement l’art du pliage de papier afin de créer des représentations, des figures matérielles. Venu de Chine, ce sont les japonais qui ont transformé cet art né presqu’en même temps avec l’invention du papier, d’où son nom japonais tiré du verbe  oru, plier, et du nom kami, papier.  

 

Fin 2013, Ross SYMONS a déjà plusieurs centaines d’heures de pratique d’origami. Mais, ce n’est toujours qu’un loisir puisque le jeune homme poursuit sa carrière de web développer dans une agence de publicité où il y crée des sites Web et des applications. Mais un loisir passionnant. Celui qui dit avoir toujours voulu se lancer un défi qu’il pourrait poursuivre chaque jour pendant une année complète se met à lire différents parcours notamment sur Instagram de ceux qui l’ont déjà fait. L’idée du défi venait de naître et il avait déjà un axe de travail : l’origami.

 

À l’époque, Ross SYMONS pensa qu’un tel défi lui permettrait d'améliorer sa créativité et sa technique. Pour y parvenir, il a commencé après ses débuts à réfléchir d’abord à une thème hebdomadaire. Dès lors, il pouvait à partir d'un thème unique choisir 7 modèles différents. Même s’il a eu parfois des moments de lassitude, il dit n’avoir jamais songé à arrêter.

 

Qu’il s’agisse du développent web ou de l’origami, il y a un ensemble de règles à apprendre et à maîtriser rappelle l’artiste, lesquelles impactent fortement le résultat . Pour l’origami, c’est une feuille entière, non coupée, un papier spécial blanc d’un côté, de couleur de l'autre et rien d’autre. Pas de colle. Si petites soient-elles en image, on ne voit pourtant qu'elles, ces origami miniatures.

 

Tout est parti d'Instagram

 

Le 1er janvier 2014, sur son propre compte Instagram, il publie sa première création afin de pouvoir suivre son évolution et partager sa passion. Le nombre de personnes qui le suivent augmentent de jour en jour. En août 2014, il passe de 2500 abonnés à 10500 en quelques semaines. En septembre, Instagram publie un billet de blog à propos de son compte. Très actif sur Instagram grâce à ce défi, mais aussi au rendu de haute qualité et vraiment unique de ses photos, Ross SYMONS est présenté comme une personne à suivre. Ce billet d’après l’artiste a propulsé son nombre d'abonnés, le faisant passer à 40 000. Les appréciations des abonnés suivent, les conseils et suggestions aussi. Il profite de ses moments libres pour consulter des tutoriels et améliorer son art.

Dans le cadre de ce défi, il fait des rencontres d’un autre niveau notamment avec Sipho MABONA, un autre origami artist internationalement connu. L'artiste suisse de père sud-africain en visite à Cape Town a challengé Ross SYMONS en lui suggérant notamment d’autres angles de travail. Sipho MABONA est notamment connu pour réaliser des origami géants toujours à partir d’u seul papier et ses oeuvres sont exposés dans différents hauts lieux de culture. Le suisse a lui-même commencé à réaliser des avions à 5 ans.

 

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Quelques collaborations d'envergure

RED BULL, CANON, CHRISTIAN DIOR, 
BROTHER, ADIDAS, CONVERSE.

 

Au début du projet 1|365 en 2014, le compte Instagram de Ross SYMONS affiche 160 abonnés. Fin 2014, 46 000 personnes le suivent. 

 

À nouveau dans un projet I|365 en 2018, l'artiste a à son compte White_on_Rice 1143 publications et est suivi par plus de 115 000 abonnés. Fascinant parcours pour celui qui n’a jamais imaginé devenir un origami artist.

 

 Ross SYMONS a aussi étudié les travaux de Robert J. LANG, physicien américain pour qui origami rime aussi avec mathématique et ingénierie. C’est d’ailleurs un des théoriciens de l’origami les plus réputés au monde et qui a son actif plus de 700 réalisations pour certaines exposées dans différents musées du monde. Il faut dire que Robert LANG étudie l'origami depuis plus de 50 ans et est auteur de près de 20 livres sur le sujet. 

 Au cours de l'année 2014, Ross SYMONS quitte son métier de web développer et se concentre sur des side projects, des projets créatifs en parallèle en tant que free-lance. Puis, Il renomme son compte Instagram en lui donnant une identité de marque et c’est à partir de là dit-il qu'il a commencé à recevoir des propositions concrètes de collaboration et des requêtes d’ordre professionnel. Comprenant qu’il pouvait peut-être y trouver une source de revenus et avec quelques économies en poche, Il décide d'arrêter ses activités de free-lance pour se consacrer à temps plein à l'origami.

 

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Quand il est questionné sur la raison de son succès sur Instagram, Ross SYMONS dit que c’est peut-être parce qu’il a pu, à l’aide de son mur Instagram, inspirer d’autres personnes et les pousser à se mettre ou se remettre à l’origami. Avec ses réalisations, beaucoup y ont vu tout à coup des possibilités infinies. Je pense aussi que l’artiste ne crée pas que des miniatures, il a surtout aussi l’art de les présenter joliment et avec une certaine poésie. Il va plus loin en créant des stop motions, utilisant ici une technique d'animation de ses réalisations pli par pli, image par image.   

 

Ross SYMONS a collaboré avec des agences de marketing locales et internationales, mais aussi dans des campagnes de communication avec des grandes marques comme Christian DIOR, Adidas, Red Bull ou encore Canon pour différents résultats. Il a été interviewé par différents médias dont CNN dans le cadre de l'émission African Voices

 

Entrepreneur créatif, Ross SYMONS a montré qu’il est possible de transformer un loisir en une passion, une passion en un art et un art en une possibilité : créer ses propres designs, créer des mises en situation originales, asseoir sa technique privilégiée qu’est le pliage humide. En fait c’est un storyteller, un magicien aussi finalement. Le défi pour lui dit-il est de continuer à croire que ce qu'il fait marchera, ça doit marcher.

 

Ses conseils ? « N’ayez pas peur d’être vous-même. N’écoutez pas ce que d’autres ont à dire. Si votre voix intérieure vous dit de le faire , faites-le à côté de votre travail ou comme un second emploi . Vous arriverez à un point où vous aurez plus confiance en vous. Ça m’est arrivé parceque j’ai juste décidé de suivre ma voix intérieure. »

 

L’origami a appris à Ross SYMONS à être plus patient, à cultiver une discipline et à s’y tenir, mais si vous ne savez pas comment faire, empruntez donc la sagesse de son père «  si vous ne savez pas où vous allez, n’importe quelle route vous y conduira » . Autrement dit, ce qui paraît inconnu à l’extérieur est connu de l’intérieur, inconsciemment peut-être, mais il y a un sens sur le chemin. Le plus important est de commencer quelque part en sachant mesurer ce que savez, ce que vous pouvez faire et ce que voulez faire et êtes prêts à perdre.  

 

Credit photo : Ross SYMONS

 


 

Siny SAMBA . 26 ans . Co-fondatrice de le Lionceau . Sénégal

 

C’est le Lionceau qui régale. À table pour bébé.

L’homme pauvre n’est pas celui dont les mains sont
vides, mais celui dont l’âme est vide de désirs.
— PROVERBE AFRICAIN

Mbour, à 80km de Dakar, au Sénégal. C’est là que le Lionceau, entreprise co-fondée par Siny SAMBA et Rémi FILASTÒ a installé ses locaux. Pour le Lionceau, on ne badine pas avec la nourriture pour bébés. « Que ton aliment soit ton seul médicament » est une citation attribuée à Hippocrate qui est encore plus vraie quand il s’agit des enfants de moins de 3 ans et le Lionceau s’y engage.  Celle qui petite rêvait déjà d’une carrière dans le secteur agro-alimentaire et de préférence au sein d’une multinationale a décidé de mettre ses compétences au service de son pays d’origine après une première expérience au sein de Blédina (groupe Danone). C’est au cours de cette expérience que ses deux passions - la cuisine et la petite enfance - prennent la forme d’un projet.  

 

Site Internet Facebook

Siny SAMBA a énormément de mérite de se lancer dans ce segment pour plusieurs raisons. Là où d’autres commencent souvent par débuter leur carrière en entreprise, Siny SAMBA se lance alors qu’elle a obtenu son diplôme en 2016 à l’Institut national d’études supérieures agronomiques de Montpellier, France. J’admire personnellement sa maturité parce qu’à 24 ans, il ne me serait même pas venu l'idée d’entreprendre.

 

Tout d’abord parce que d’après les données de la cellule de lutte contre la malnutrition au Sénégal, organisme rattaché au cabinet du Premier Ministre (Primature), 8,8% des enfants de moins de 5 ans au niveau national sont touchés par une malnutrition aigüe globale. 3 départements - Ranérou, Podor et Kanel - dépassent même le seuil critique de 15%. 16 départements sur 45 dépassent le seuil de 10 % et seuls trois départements enregistrent un niveau de MAG inférieur à 5%. Au Sénégal, la demande en petits pots de purée pour bébés serait de 240 tonnes

 

Par ailleurs, les groupes Danone et Nestlé dominent le marché de l’alimentation infantile. En 2014 par exemple (source Knowdys Consulting Group) leur part de marché était de 85% dans le monde et 90% en Afrique de l’ouest et centrale. En 10 ans rappelle l’agence Africa Diligence, soit entre 2005 et 2015, le marché a cru de 58%. Cette croissance se poursuivra grâce à l’émergence d’une classe moyenne qui fait naître de nouveaux besoins à satisfaire, à la tendance baissière de l’alimentation par lait maternel et à une fécondité au beau fixe. Tout le contraire de l’Europe et de nombreux pays développés où l’indice de fécondité, soit le nombre d’entants par femme est inférieur au seuil de 2,1 enfants pour un renouvellement de la population sans migration. Enfin, 80% des enfants de moins de 15 mois sont nourris à base de préparations fait-maison, autant dire des millions d’enfants sur les 2 régions d’Afrique. Or pour l’entreprise, ce fait-maison au Sénégal est souvent concassé ou mouliné à partir de plats pour adultes, des plats salés et ne contenant pas forcément tous les nutriments dont un enfant a besoin a cet âge. Pour une entreprise comme le Lionceau, c’est la possibilité de proposer des aliments les plus naturels possibles et pouvant être accessibles à des milliers, voire des millions de familles. 

 

C’est beaucoup plus dans ces deux dernières raisons que se trouve la raison d’être unique de le Lionceau et la vision de Siny SAMBA. En effet, pour cette ingénieure en agro-alimentaire de formation , le Lionceau privilégie les meilleurs aliments si possible exclusivement locaux et d’une qualité nutritionnelle avérée pour composer les petits pots de purée pour les moins de 3 ans. Dans ce choix des produits locaux, c’est aussi une égalité des chances de mieux manger : pas de sucres, des aliments naturels ou certifiés biologiques et nutritifs - bananes, mangues, pain de singe, fonio ou encore mil - achetés directement chez les producteurs locaux, partenaires essentiels dans cette lutte pour une diversification nutritionnelle, socio-économique et bien sûr endogène. Même en période de croissance du secteur, les laits infantiles concentrent l’essentiel de la consommation entre 2005 et 2015 (72%) face aux aliments dits de diversification (28%).

 

L’esprit le Lionceau épouse aussi les résultats d’un sondage réalisé en 2015 par le cabinet Nielsen et intitulé Nielsen Global Survey - baby care. Dans ce sondage, il apparait que les principaux critères d’achat dans le monde par ordre d’importance sont la confiance dans la marque, la qualité nutritionnelle, la garantie des ingrédients et du mode de fabrication, des ingrédients biologiques ou 100% naturels, un goût apprécié par l’enfant et un bon rapport qualité-prix. Dans ce marché estimé à près de 30 milliards de dollars en 201546% des ventes se font hors Europe et Amérique du Nord.

 

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L'innovation récompensée

 

Lauréate du programme MEETAFRICA 2016

2ème prix au concours HUB Africa 2018 

 

L’entreprise créée en 2017 produit en moyenne 200 petits pots de purée par jour dès 6 mois et propose des choix de distribution innovants. À côté de la distribution classique - grande surface et pharmacies - les petits post sont aussi vendus aux crècheslivrés à domicile et en abonnement mensuel avec un système de consigne garantissant un reversement de 300 FCFA par pot conservé. Ce qui est à la fois écologique et économique parce que les prix des pots de 90 grammes  et de 200 grammes étant respectivement de 1000 FCFA et1800 FCA reviennent respectivement après consigne à 700 FCFA et 1500 FCFA au second achat.

 

De même, leur communication se veut tout d’abord pédagogique et passe par des activités de sensibilisation et de formation en groupe. Quant à leur stratégie de lancement, ils ont commencé par petits bouts comme dans toute démarche effectuale : tester d’abord l’idée et dans leur cas, la production avant d’investir des fonds plus conséquents. Le Lionceau c'est aussi près d’une année et demi de recherches en laboratoire, de tests sur le terrain et de retours clients instructifs. Ce qui se conçoit aisément quand un marché est dominé autant par des produits principalement importés et que les habitudes de consommation ne changent pas du jour au lendemain.

 

Comme dans toute innovation, les early adopters sont les familles aisées et la classe moyenne, mais la volonté de Siny SAMBA est bien d’en faire des produits de consommation courante pour bébés et d’atteindre aussi bien les zones rurales du Sénégal que la région Afrique de l’Ouest afin que les économies d’échelles permettent d’autres innovations et activités de recherches et développement.

 

 
 

 
 

Aïssata DIAKITE . 28 ans. Fondatrice de Zabbaan . Mali

 

La savane africaine est dans le jus

J’aime celui qui rêve l’impossible.
— JOHANN WOLFGANG VON GOETHE

La diversification économique est un vrai enjeu de développement en Afrique et aucun pays au monde ne s’est développé sans une diversification de sa base productive. Les cours des matières premières se fixant principalement dans les pays développés, quand bien même les pays en développement en sont les premiers producteurs, produire uniquement des matières premières sans chercher à retenir une part plus grande de la chaîne de valeur internationale est risqué, encore plus risqué quand les prix chutent. En avril dernier, une connaissance me disait que dans son pays, plus de la moitié de la production agricole était perdue dans les zones de forte production et en zone rurale, faute de capacité de transformation. 

Pour Aïssata DIAKITÉ, fondatrice de Zabbaan Holding, il en sera autrement au Mali. Cela commence par faire entrer la savane africaine dans le quotidien et priviligier les méthodes  traditionnelles de transformation. Zabbaan utilise des ingrédients locaux particuliers et certaines feuilles, tiges, fleurs ou fruits sauvages. En effet, la mangue, la goyave, le pain de singe (fruit du baobab), les pétales d’hibiscus, les feuilles vertes de kinkeliba, le gingembre et/ou le  zaban (madd au piment ou saba senegalensis, malombo au Congo ou Zamba en bambara ou dioula), fruit à l’origine du nom de l’entreprise, n’auront plus de secrets pour vous. Derrière chaque nom de jus, c’est l’organigramme de l’ancien empire madingue qui vous est aussi conté par l'entreprise : le Roi, la Reine, le Prince, la Princesse, le Comte, la Comtesse, le Duc, la Duchesse, le Guerrier, la Guerrière.  

Pour ces jus naturels 100% made in Mali, Zabbaan officiellement lancée en 2017  (l’entreprise a été créée début 2016) travaille avec un réseau d’agriculteurs, de producteurs, de groupements et de coopératives des régions agricoles du Mali et d'Afrique de l’Ouest, triés sur le volet. Une sélection qui lui permet de développer une politique de traçabilité et un cahier des charges d’autant plus à respecter que la marque est en cours de certification BIO. L’ambition est aussi de conquérir toute la région Afrique de l’Ouest.

 

Mais comment passe t-on d'un projet à une production de 1000 bouteilles par jour et à un chiffre d’affaires de 800 000 euros pour l’année 2017 ? 

 

1- Avec beaucoup d’abnégation car dit Aïssata DIAKITÉ, si les investisseurs anglophones ont souvent encouragé son projet, du côte francophone, elle a dû dépasser certaines appréciations comme « ça ne va pas marcher », en proposant des séances de dégustation. Cette approche aura convaincu plus d’un partenaire et ainsi avant même la création de l’entreprise, la levée des fonds étaient bouclée et l’équipe déjà constituée. Aïssata DIAKITÉ ne cache pas non plus les lourdeurs administratives auxquelles elle  a fait face pour réceptionner les équipements industriels provenant de l’étranger. Parmi les premiers à lui faire confiance, il y eut un fonds de garantie anglophone, le fonds de garantie du secteur privé du Mali et une banque locale. Toute la phase de recherche, développement et d’innovation a duré 4 ans. 

 

2- Avec une grande vision aussi parce que la chef d’entreprise qui emploie aujourd’hui près de 70 employés a dû renoncer à un poste à l’association française de normalisation en France. En effet, l’agro-industrie n’est pas seulement une passion née avant ses 10 ans, c’est aussi une vision exprimée à la fois dans ses études et dans son parcours professionnel. Passion parce qu’étudiante- ingénieur en agro-business formée au Mali, en France et en Angleterre, la curiosité d'Aïssata DIAKITÉ la poussait déjà, une fois en congés au Mali, à aller à la rencontre des agriculteurs pour comprendre la saisonnalité de leurs activités, les enjeux et la gestion de la contre-saison. C’est cette même curiosité qui lui permit de prendre conscience que les ingrédients d’origine africaine figuraient dans de nombreux produits énergisants ou diététiques vendus dans les supermarchés.  De là est venue l’idée de les exploiter autrement.

 

3- Avec surtout des convictions. Aissata DIAKITÉ est fière de dire que 80% des membres de sa famille opèrent dans le même secteur que l’entreprise Zabbaan. De même, elle croit beaucoup en la jeunesse africaine et souhaite être «l'ambassadrice de cette Afrique qui va produire et consommer africain.». Ce qui explique peut-être aussi une politique de recrutement qui valorise l’excellence de la jeunesse. En effet, 60% des employés de l’entreprise ont moins de 35 ans et le personnel est majoritairement féminin.

 

L'innovation récompensée

Plus d'une dizaine de prix parmi lesquels :

 

  • « Young Leader » de la fondation AfricaFrance présidée par l'ancien Premier ministre béninois Lionel ZINSOU.

  • Prix de la Diaspora de l’Entrepreneur Nord-Sud 2016 du SIAD et COFIDES Nord-Sud.

  • Selectionnée parmi les 10 meilleurs entrepreneurs innovants par l'OIF dans le cadre du Forum International Francophone « Jeunesse et Emplois Verts ».

  • Jeune Référente francophone du sommet mondial des jeunes dans l’agro-business, le leadership et l’entreprenariat. (YALESI).

  • Lauréate de la Diaspora Malienne en France dans le cadre du projet Diaspora Entrepreneurship.

  • Sélectionnée parmi les 10 Jeunes Talents dans le monde par la FAO dans le cadre du CFS YOUNG IDEA INCUBATOR FOR FOOD SECURITY AND NUTRITION.

  • Première lauréate du Mali du programme International « Entrepreneurs en Afrique » piloté par l’agence campus France. 

 

Zabbaan est basée en France et au Mali. Au Mali, l’entreprise propose ses produits via divers canaux de distributions. Les supermarchés, les restaurants, les fast-food locaux, les les hôtels et les stations Total sont les principaux réseaux BtoB.  Pour la clientèle de particuliers, elle est constituée aussi bien de nationaux (40%) que d’expatriés (60%). Prochaine étape, la production et l'exportation d’arômes naturels. Une aventure entrepreneuriale à suivre.

 
 
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Alain NTEFF . 26 ans . Fondateur de Gifted Mom . Cameroun

Pour un monde libéré de la mortalité maternelle et infantile.

 

Un entrepreneur pour moi est un créateur et un créatif qui résout un problème sous un autre angle. Alain NTEFF, fondateur de Gifted Mom avait un problème et ce problème était et reste la mortalité infantile et maternelle.  En 2015, ce taux était respectivement de 57 décès d’enfants sur 1000 naissances et de 596 décès pour 100 000 naissances (14ème taux le plus élevé au monde) au Cameroun. Au Nigéria, le taux de mortalité maternelle était de 814 décès sur 1000 000 naissances, soit le 4ème taux le plus élevé au monde d’après indexmundi.com

 Mais pour ce jeune camerounais, de la génération Y né en 1992 à Bamenda, Nord-Ouest du Cameroun, le statut quo ne pouvait plus durer. L’ex. polytechnicien, ingénieur en télécommunications lança en 2013  en collaboration avec  le docteur Conrad TANKOU une plateforme e-santé pour diminuer le taux de mortalité infantile et maternelle au Cameroun par l’information et la sensibilisation.

En 2014, 2000 familles bénéficiaient déjà des services de Gifted Mom.

Aujourd’hui, 56 centres de santé ont rejoint le réseau et 70 000 famillesbénéficient des services de l'organisation camerounaise. Gifted Mom est un véritable assistant e-santé et mobile qui informe, selon les cas, les femmes enceintes et les mères vivant pour la plupart en zone rurale : date des examens ou des consultations, rappels de vaccins pour les enfants, alimentation à privilégier etc. Les utilisateurs peuvent aussi poser leurs questions et avoir la réponse d’un médecin. Exploiter la technologie est une vraie innovation disruptive. L’Afrique enregistre la croissance la plus forte dans le monde en terminaux mobiles (336 millions de détenteurs de smartphones en 2016).

 

 
 
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L'innovation récompensée

 

 

Quelques prix

  • LePrix Anzicha(2014) qui récompense les plus jeunes entrepreneurs dont les projets ou entreprises créent un impact sur le continent.

  • Alain NTEFF figurait en 2015 au classement Forbesdes 30 entrepreneurs les plus prometteurs d’Afrique.

  • En 2015, Alain NTEFF reçut aussi au New York Forum Africa, le premier prix dans la catégorie jeune entreprise africaine

  • Le prix du Commonwealthde la meilleure application e-santé.

  • La meilleure startup camerounaise en 2017devant 11 autres entreprises.

Incubée au sein du Technipole de l’école polytechnique de Yaoundé, l’organisation est aussi appuyée par l’African Leadership Network (ALN), incubateur de startups basé à Johannesburg, en Afrique du Sud. Chaque récompense gagnée a permis et permet à la Startup d’augmenter sa capacité d’autofinancement et sa visibilité auprès d’entreprises engagées dans la RSE (responsabilité sociale d'entreprise), d'ONG et d'autres bailleurs. En 2016, 60% de ses ressources proviendraient de ce biais et, la philosophie de l’entreprise sociale étant de maintenir un service gratuit pour ses bénéficiaires, le financement par les banques pouvait difficilement être une piste fructueuse.

La vision de Gifted Mom est plus grande : 5 millions de bénéficiaires en Afrique. Au regard du nombre de gynécologues obstétriciens au Cameroun indiqué par l’observatoire du Ministère de tutelle - 97 dont 77 sont concentrés dans 2 provinces *, le Centre et le Littoral - et du fait que le pays compte seulement 1 sage-femme pour 152.671 habitants, il n y a aucun doute que les besoins restent immenses.

* Le Cameroun est constitué de 10 provinces.

 


 

Pascal NDIZEYE . 35 ans . Pour des routes plus sûres . Rwanda

 

Pour des routes plus sûres

 

L’Afrique concentrait en 2016 2% du parc automobile mondial, mais enregistrait hélas 24,1 % des accidents de la route (chiffres OMS). Cela représentait 1,25 millions de pertes humaines dont 300 000 pour le continent noir. Le Rwanda n’échappe pas à cette réalité.

Le 26 mai au Viva Technology, j’ai rencontré Pascal NDIZEYE, fondateur et président de Pascal Technology et qui a décidé de changer ce statut quo. L'entreprise rwandaise conçoit des logiciels pour le transport, des régulateurs, des dispositifs limitatifs de vitesse et d’autres technologies de suivi en temps réel. 

Après une incubation dans un Fablab, ce jeune homme de la génération Y lance et teste sans financements extérieurs ses 7 premiers appareils en 2015. En 2016, il en produit 500 et en 2017, 11 000. Son objectif pour 2018 ? 40 000. Ses régulateurs de vitesse sont agréés par l’autorité de régulation rwandaise (RURA). Aujourd’hui, il gère une entreprise de 50 employés et la gamme de Pascal Technology, nom de l'entreprise, s’est bien sûr élargie. Si la demande a été au départ concentrée sur les automobilistes privés, les transports publics et conducteurs professionnels, l’enjeu est aujourd’hui d’outiller aussi les propriétaires de motos. 

À son, tour Pascal NDIZEYE est mentor au Klab de Kigali. Tout au long de notre discussion, j’ai été frappée par sa grande humilité dans cette aventure entrepreneuriale, comme s’il s’agissait plus de leadership et de responsabilité vis à vis de son pays et de son continent. Il faut dire que le Rwanda était bien représenté au Viva Technology de Paris. 

 

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Le Rwanda

 

Quelques chiffres

  • 2ème économie la plus compétitive d’Afrique.

  • 5ème pays en Afrique sub-saharienne en matière d'efficacité gouvernementale.

  • 3ème rang en matière de contrôle et de lutte contre la corruption.

  • 2ème pays africain après Maurice où il est facile de faire des affaires. L’on peut noter dans ce ranking que les meilleures pays africains sont tous anglophones : Rwanda, Kenya, Botswana, Afrique du Sud, Zambie, Seychelles, Lesotho ou Namibie.

 

Pendant notre échange, j’ai aussi appris que la participation de cette crème de la crème des entreprises high-tech rwandaises à ce stand a été entièrement prise en charge par l’État rwandais. Dans un salon comme celui-là où le futur de nombreuses industries et secteurs est repensé, permettre à des Start-up d’en faire partie peut non seulement augurer des futurs contrats, mais être aussi un facteur clé d’attractivité pour le pays qui affiche clairement son ambition de faire de Kigali une innovation city.

Les entreprises du pays, encouragées par le Rwanda Development Board qui y était aussi, étaient nombreuses et bien sûr fortement orientées TIC : AC Group (Transport et mobilité), Pascal Technology (technologies d’information), Zipline (livraison par drone) ou encore Irembo (prestations de services aux institutions publiques). 

 

“Il faut faire quelque chose de nouveau pour voir du nouveau”

— GEORG CHRISTOPH LICHTENBERG