France

Apollonia POILÂNE . 34 ans . 3ème génération de boulangers . France

 

De la France au monde. In pursuit of rétro-innovation. 

Les circonstances ne font pas l’homme, mais le révèlent.
— James Allen


Chaque vie a son lot d’épreuves et de décisions graves à prendre. Vous pouvez baisser les bras. Parce que c’est dur. Mais vous aussi être courageux. Dépasser l’adversité dans l’espoir de meilleurs lendemains. C’est pour cela qu’aujourd’hui, j’écris un billet sur Apollonia POLÂNE, 3ème génération de boulangers et PDG de la maison de haute boulangerie française POILÂNE.

Les pains POILÂNE sont prisés en France et dans le monde pour leur fabrication artisanale. Ils sont reconnaissables pour leur miche brune de près de 2 kilos, marquée d'un P majuscule sur la croûte. Des pains au levain, cuits au four à bois. À la base, des farines moulues à la meule de pierre et du sel de mer. Pas d’additifs.  Mais des pains à l’ancienne qui se conservent aussi plus longtemps.

 

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Pourquoi écrire sur Apollonia POILÂNE ?

 

Parce qu’elle reprend à 18 ans seulement les rênes de l’entreprise familiale après le décès de ses deux parents en octobre 2002À cette période, elle se prépare plutôt à intégrer la prestigieuse université américaine Harvard pour poursuivre ses études d’économie et de gestion. Que de courage, de sens des responsabilités et de force à un si jeune âge !

Pendant 4 ans, Apollonia POÎLANE sera étudiante et PDG d'une entreprise de plus de 130 salariés et de 12 millions d’euros de chiffre d’affaires depuis BOSTON, dans l’État du Massachusetts . Tout en dissuadant les acheteurs potentiels, il s’agit aussi de préserver un nom, une histoire démarrée par son grand-père Pierre POILÂNE en 1932, rue du Cherche-Mididans le 6e arrondissement de Paris et développée par son père Lionel POILÂNE dès la fin des années soixante.  En mariant le meilleur du passé et le meilleur du présent, son père inventa le concept de retro-innovation. De la manufacture à Bièvres (Essonne) construite dans les années 80, des pains sortent du four pour rejoindre des tables du/ monde en 24 heures. 

Parce qu’elle se veut gardienne d’une certaine tradition, « un pain qui a du sens ». Pas d’opportunisme. Non au pain sans gluten parce qu’il Il ne correspond pas à l’âme de la maison. Mais oui à une diversité bien pensée. L’essentiel est dans quelques références (pain Poivré, buns, pain d’épices, chips de pain, sablés punitions) dont la fameuse miche. Dans son temps, son grand père avait refusé de fournir du pain blanc, « préférence » de l’époque. 

 

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Parce qu’elle trace sa propre voie à l’international. Son père, Lionel POILÂNE avait ouvert une boulangerie à Londres en 2000. Sous la direction de la jeune femme, 4 boulangeries ont été ouvertes à Paris,  à Londres (2011) et à Anvers (2016). Chaque jour, ce sont plus de 10 tonnes de pains qui sortent des fournils de Bièvres et de Paris, dont plus de 5000 pains au levain livrés dans 40 pays et auprès de 1500 distributeurs y compris des restaurants. 60 boulangers assurent cet exploit, soit un tiers de l’effectif. 

L’objectif pour Apollonia POILÂNE demeure la qualité. Qualité des ingrédients. Qualité du pain au niveau mondial. Qualité de la formation des équipes. Pour un pain qui continue à rassembler les humains. Un amour du pain, de son pain qu’elle partage aussi à travers l’écriture. En effet, Apollonia POILÂNE est auteure de plusieurs livres sur la préparation de pains, de brioche et de biscuits.

 

Crédits photos : Stéphane LAGOUTTE, l'Express, maison POILÂNE

Sources : maison POILÂNE, Thegentlewoman.co.uk; Challenges; blog l’Express; le Monde; Financial Times.


 

Siny SAMBA . 26 ans . Co-fondatrice de le Lionceau . Sénégal

 

C’est le Lionceau qui régale. À table pour bébé.

L’homme pauvre n’est pas celui dont les mains sont
vides, mais celui dont l’âme est vide de désirs.
— PROVERBE AFRICAIN

Mbour, à 80km de Dakar, au Sénégal. C’est là que le Lionceau, entreprise co-fondée par Siny SAMBA et Rémi FILASTÒ a installé ses locaux. Pour le Lionceau, on ne badine pas avec la nourriture pour bébés. « Que ton aliment soit ton seul médicament » est une citation attribuée à Hippocrate qui est encore plus vraie quand il s’agit des enfants de moins de 3 ans et le Lionceau s’y engage.  Celle qui petite rêvait déjà d’une carrière dans le secteur agro-alimentaire et de préférence au sein d’une multinationale a décidé de mettre ses compétences au service de son pays d’origine après une première expérience au sein de Blédina (groupe Danone). C’est au cours de cette expérience que ses deux passions - la cuisine et la petite enfance - prennent la forme d’un projet.  

 

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Siny SAMBA a énormément de mérite de se lancer dans ce segment pour plusieurs raisons. Là où d’autres commencent souvent par débuter leur carrière en entreprise, Siny SAMBA se lance alors qu’elle a obtenu son diplôme en 2016 à l’Institut national d’études supérieures agronomiques de Montpellier, France. J’admire personnellement sa maturité parce qu’à 24 ans, il ne me serait même pas venu l'idée d’entreprendre.

 

Tout d’abord parce que d’après les données de la cellule de lutte contre la malnutrition au Sénégal, organisme rattaché au cabinet du Premier Ministre (Primature), 8,8% des enfants de moins de 5 ans au niveau national sont touchés par une malnutrition aigüe globale. 3 départements - Ranérou, Podor et Kanel - dépassent même le seuil critique de 15%. 16 départements sur 45 dépassent le seuil de 10 % et seuls trois départements enregistrent un niveau de MAG inférieur à 5%. Au Sénégal, la demande en petits pots de purée pour bébés serait de 240 tonnes

 

Par ailleurs, les groupes Danone et Nestlé dominent le marché de l’alimentation infantile. En 2014 par exemple (source Knowdys Consulting Group) leur part de marché était de 85% dans le monde et 90% en Afrique de l’ouest et centrale. En 10 ans rappelle l’agence Africa Diligence, soit entre 2005 et 2015, le marché a cru de 58%. Cette croissance se poursuivra grâce à l’émergence d’une classe moyenne qui fait naître de nouveaux besoins à satisfaire, à la tendance baissière de l’alimentation par lait maternel et à une fécondité au beau fixe. Tout le contraire de l’Europe et de nombreux pays développés où l’indice de fécondité, soit le nombre d’entants par femme est inférieur au seuil de 2,1 enfants pour un renouvellement de la population sans migration. Enfin, 80% des enfants de moins de 15 mois sont nourris à base de préparations fait-maison, autant dire des millions d’enfants sur les 2 régions d’Afrique. Or pour l’entreprise, ce fait-maison au Sénégal est souvent concassé ou mouliné à partir de plats pour adultes, des plats salés et ne contenant pas forcément tous les nutriments dont un enfant a besoin a cet âge. Pour une entreprise comme le Lionceau, c’est la possibilité de proposer des aliments les plus naturels possibles et pouvant être accessibles à des milliers, voire des millions de familles. 

 

C’est beaucoup plus dans ces deux dernières raisons que se trouve la raison d’être unique de le Lionceau et la vision de Siny SAMBA. En effet, pour cette ingénieure en agro-alimentaire de formation , le Lionceau privilégie les meilleurs aliments si possible exclusivement locaux et d’une qualité nutritionnelle avérée pour composer les petits pots de purée pour les moins de 3 ans. Dans ce choix des produits locaux, c’est aussi une égalité des chances de mieux manger : pas de sucres, des aliments naturels ou certifiés biologiques et nutritifs - bananes, mangues, pain de singe, fonio ou encore mil - achetés directement chez les producteurs locaux, partenaires essentiels dans cette lutte pour une diversification nutritionnelle, socio-économique et bien sûr endogène. Même en période de croissance du secteur, les laits infantiles concentrent l’essentiel de la consommation entre 2005 et 2015 (72%) face aux aliments dits de diversification (28%).

 

L’esprit le Lionceau épouse aussi les résultats d’un sondage réalisé en 2015 par le cabinet Nielsen et intitulé Nielsen Global Survey - baby care. Dans ce sondage, il apparait que les principaux critères d’achat dans le monde par ordre d’importance sont la confiance dans la marque, la qualité nutritionnelle, la garantie des ingrédients et du mode de fabrication, des ingrédients biologiques ou 100% naturels, un goût apprécié par l’enfant et un bon rapport qualité-prix. Dans ce marché estimé à près de 30 milliards de dollars en 201546% des ventes se font hors Europe et Amérique du Nord.

 

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L'innovation récompensée

 

Lauréate du programme MEETAFRICA 2016

2ème prix au concours HUB Africa 2018 

 

L’entreprise créée en 2017 produit en moyenne 200 petits pots de purée par jour dès 6 mois et propose des choix de distribution innovants. À côté de la distribution classique - grande surface et pharmacies - les petits post sont aussi vendus aux crècheslivrés à domicile et en abonnement mensuel avec un système de consigne garantissant un reversement de 300 FCFA par pot conservé. Ce qui est à la fois écologique et économique parce que les prix des pots de 90 grammes  et de 200 grammes étant respectivement de 1000 FCFA et1800 FCA reviennent respectivement après consigne à 700 FCFA et 1500 FCFA au second achat.

 

De même, leur communication se veut tout d’abord pédagogique et passe par des activités de sensibilisation et de formation en groupe. Quant à leur stratégie de lancement, ils ont commencé par petits bouts comme dans toute démarche effectuale : tester d’abord l’idée et dans leur cas, la production avant d’investir des fonds plus conséquents. Le Lionceau c'est aussi près d’une année et demi de recherches en laboratoire, de tests sur le terrain et de retours clients instructifs. Ce qui se conçoit aisément quand un marché est dominé autant par des produits principalement importés et que les habitudes de consommation ne changent pas du jour au lendemain.

 

Comme dans toute innovation, les early adopters sont les familles aisées et la classe moyenne, mais la volonté de Siny SAMBA est bien d’en faire des produits de consommation courante pour bébés et d’atteindre aussi bien les zones rurales du Sénégal que la région Afrique de l’Ouest afin que les économies d’échelles permettent d’autres innovations et activités de recherches et développement.

 

 
 

 
 

Aïssata DIAKITE . 28 ans. Fondatrice de Zabbaan . Mali

 

La savane africaine est dans le jus

J’aime celui qui rêve l’impossible.
— JOHANN WOLFGANG VON GOETHE

La diversification économique est un vrai enjeu de développement en Afrique et aucun pays au monde ne s’est développé sans une diversification de sa base productive. Les cours des matières premières se fixant principalement dans les pays développés, quand bien même les pays en développement en sont les premiers producteurs, produire uniquement des matières premières sans chercher à retenir une part plus grande de la chaîne de valeur internationale est risqué, encore plus risqué quand les prix chutent. En avril dernier, une connaissance me disait que dans son pays, plus de la moitié de la production agricole était perdue dans les zones de forte production et en zone rurale, faute de capacité de transformation. 

Pour Aïssata DIAKITÉ, fondatrice de Zabbaan Holding, il en sera autrement au Mali. Cela commence par faire entrer la savane africaine dans le quotidien et priviligier les méthodes  traditionnelles de transformation. Zabbaan utilise des ingrédients locaux particuliers et certaines feuilles, tiges, fleurs ou fruits sauvages. En effet, la mangue, la goyave, le pain de singe (fruit du baobab), les pétales d’hibiscus, les feuilles vertes de kinkeliba, le gingembre et/ou le  zaban (madd au piment ou saba senegalensis, malombo au Congo ou Zamba en bambara ou dioula), fruit à l’origine du nom de l’entreprise, n’auront plus de secrets pour vous. Derrière chaque nom de jus, c’est l’organigramme de l’ancien empire madingue qui vous est aussi conté par l'entreprise : le Roi, la Reine, le Prince, la Princesse, le Comte, la Comtesse, le Duc, la Duchesse, le Guerrier, la Guerrière.  

Pour ces jus naturels 100% made in Mali, Zabbaan officiellement lancée en 2017  (l’entreprise a été créée début 2016) travaille avec un réseau d’agriculteurs, de producteurs, de groupements et de coopératives des régions agricoles du Mali et d'Afrique de l’Ouest, triés sur le volet. Une sélection qui lui permet de développer une politique de traçabilité et un cahier des charges d’autant plus à respecter que la marque est en cours de certification BIO. L’ambition est aussi de conquérir toute la région Afrique de l’Ouest.

 

Mais comment passe t-on d'un projet à une production de 1000 bouteilles par jour et à un chiffre d’affaires de 800 000 euros pour l’année 2017 ? 

 

1- Avec beaucoup d’abnégation car dit Aïssata DIAKITÉ, si les investisseurs anglophones ont souvent encouragé son projet, du côte francophone, elle a dû dépasser certaines appréciations comme « ça ne va pas marcher », en proposant des séances de dégustation. Cette approche aura convaincu plus d’un partenaire et ainsi avant même la création de l’entreprise, la levée des fonds étaient bouclée et l’équipe déjà constituée. Aïssata DIAKITÉ ne cache pas non plus les lourdeurs administratives auxquelles elle  a fait face pour réceptionner les équipements industriels provenant de l’étranger. Parmi les premiers à lui faire confiance, il y eut un fonds de garantie anglophone, le fonds de garantie du secteur privé du Mali et une banque locale. Toute la phase de recherche, développement et d’innovation a duré 4 ans. 

 

2- Avec une grande vision aussi parce que la chef d’entreprise qui emploie aujourd’hui près de 70 employés a dû renoncer à un poste à l’association française de normalisation en France. En effet, l’agro-industrie n’est pas seulement une passion née avant ses 10 ans, c’est aussi une vision exprimée à la fois dans ses études et dans son parcours professionnel. Passion parce qu’étudiante- ingénieur en agro-business formée au Mali, en France et en Angleterre, la curiosité d'Aïssata DIAKITÉ la poussait déjà, une fois en congés au Mali, à aller à la rencontre des agriculteurs pour comprendre la saisonnalité de leurs activités, les enjeux et la gestion de la contre-saison. C’est cette même curiosité qui lui permit de prendre conscience que les ingrédients d’origine africaine figuraient dans de nombreux produits énergisants ou diététiques vendus dans les supermarchés.  De là est venue l’idée de les exploiter autrement.

 

3- Avec surtout des convictions. Aissata DIAKITÉ est fière de dire que 80% des membres de sa famille opèrent dans le même secteur que l’entreprise Zabbaan. De même, elle croit beaucoup en la jeunesse africaine et souhaite être «l'ambassadrice de cette Afrique qui va produire et consommer africain.». Ce qui explique peut-être aussi une politique de recrutement qui valorise l’excellence de la jeunesse. En effet, 60% des employés de l’entreprise ont moins de 35 ans et le personnel est majoritairement féminin.

 

L'innovation récompensée

Plus d'une dizaine de prix parmi lesquels :

 

  • « Young Leader » de la fondation AfricaFrance présidée par l'ancien Premier ministre béninois Lionel ZINSOU.

  • Prix de la Diaspora de l’Entrepreneur Nord-Sud 2016 du SIAD et COFIDES Nord-Sud.

  • Selectionnée parmi les 10 meilleurs entrepreneurs innovants par l'OIF dans le cadre du Forum International Francophone « Jeunesse et Emplois Verts ».

  • Jeune Référente francophone du sommet mondial des jeunes dans l’agro-business, le leadership et l’entreprenariat. (YALESI).

  • Lauréate de la Diaspora Malienne en France dans le cadre du projet Diaspora Entrepreneurship.

  • Sélectionnée parmi les 10 Jeunes Talents dans le monde par la FAO dans le cadre du CFS YOUNG IDEA INCUBATOR FOR FOOD SECURITY AND NUTRITION.

  • Première lauréate du Mali du programme International « Entrepreneurs en Afrique » piloté par l’agence campus France. 

 

Zabbaan est basée en France et au Mali. Au Mali, l’entreprise propose ses produits via divers canaux de distributions. Les supermarchés, les restaurants, les fast-food locaux, les les hôtels et les stations Total sont les principaux réseaux BtoB.  Pour la clientèle de particuliers, elle est constituée aussi bien de nationaux (40%) que d’expatriés (60%). Prochaine étape, la production et l'exportation d’arômes naturels. Une aventure entrepreneuriale à suivre.

 
 
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