Siny SAMBA . 26 ans . Co-fondatrice de le Lionceau . Sénégal

 

C’est le Lionceau qui régale. À table pour bébé.

L’homme pauvre n’est pas celui dont les mains sont
vides, mais celui dont l’âme est vide de désirs.
— PROVERBE AFRICAIN

Mbour, à 80km de Dakar, au Sénégal. C’est là que le Lionceau, entreprise co-fondée par Siny SAMBA et Rémi FILASTÒ a installé ses locaux. Pour le Lionceau, on ne badine pas avec la nourriture pour bébés. « Que ton aliment soit ton seul médicament » est une citation attribuée à Hippocrate qui est encore plus vraie quand il s’agit des enfants de moins de 3 ans et le Lionceau s’y engage.  Celle qui petite rêvait déjà d’une carrière dans le secteur agro-alimentaire et de préférence au sein d’une multinationale a décidé de mettre ses compétences au service de son pays d’origine après une première expérience au sein de Blédina (groupe Danone). C’est au cours de cette expérience que ses deux passions - la cuisine et la petite enfance - prennent la forme d’un projet.  

 

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Siny SAMBA a énormément de mérite de se lancer dans ce segment pour plusieurs raisons. Là où d’autres commencent souvent par débuter leur carrière en entreprise, Siny SAMBA se lance alors qu’elle a obtenu son diplôme en 2016 à l’Institut national d’études supérieures agronomiques de Montpellier, France. J’admire personnellement sa maturité parce qu’à 24 ans, il ne me serait même pas venu l'idée d’entreprendre.

 

Tout d’abord parce que d’après les données de la cellule de lutte contre la malnutrition au Sénégal, organisme rattaché au cabinet du Premier Ministre (Primature), 8,8% des enfants de moins de 5 ans au niveau national sont touchés par une malnutrition aigüe globale. 3 départements - Ranérou, Podor et Kanel - dépassent même le seuil critique de 15%. 16 départements sur 45 dépassent le seuil de 10 % et seuls trois départements enregistrent un niveau de MAG inférieur à 5%. Au Sénégal, la demande en petits pots de purée pour bébés serait de 240 tonnes

 

Par ailleurs, les groupes Danone et Nestlé dominent le marché de l’alimentation infantile. En 2014 par exemple (source Knowdys Consulting Group) leur part de marché était de 85% dans le monde et 90% en Afrique de l’ouest et centrale. En 10 ans rappelle l’agence Africa Diligence, soit entre 2005 et 2015, le marché a cru de 58%. Cette croissance se poursuivra grâce à l’émergence d’une classe moyenne qui fait naître de nouveaux besoins à satisfaire, à la tendance baissière de l’alimentation par lait maternel et à une fécondité au beau fixe. Tout le contraire de l’Europe et de nombreux pays développés où l’indice de fécondité, soit le nombre d’entants par femme est inférieur au seuil de 2,1 enfants pour un renouvellement de la population sans migration. Enfin, 80% des enfants de moins de 15 mois sont nourris à base de préparations fait-maison, autant dire des millions d’enfants sur les 2 régions d’Afrique. Or pour l’entreprise, ce fait-maison au Sénégal est souvent concassé ou mouliné à partir de plats pour adultes, des plats salés et ne contenant pas forcément tous les nutriments dont un enfant a besoin a cet âge. Pour une entreprise comme le Lionceau, c’est la possibilité de proposer des aliments les plus naturels possibles et pouvant être accessibles à des milliers, voire des millions de familles. 

 

C’est beaucoup plus dans ces deux dernières raisons que se trouve la raison d’être unique de le Lionceau et la vision de Siny SAMBA. En effet, pour cette ingénieure en agro-alimentaire de formation , le Lionceau privilégie les meilleurs aliments si possible exclusivement locaux et d’une qualité nutritionnelle avérée pour composer les petits pots de purée pour les moins de 3 ans. Dans ce choix des produits locaux, c’est aussi une égalité des chances de mieux manger : pas de sucres, des aliments naturels ou certifiés biologiques et nutritifs - bananes, mangues, pain de singe, fonio ou encore mil - achetés directement chez les producteurs locaux, partenaires essentiels dans cette lutte pour une diversification nutritionnelle, socio-économique et bien sûr endogène. Même en période de croissance du secteur, les laits infantiles concentrent l’essentiel de la consommation entre 2005 et 2015 (72%) face aux aliments dits de diversification (28%).

 

L’esprit le Lionceau épouse aussi les résultats d’un sondage réalisé en 2015 par le cabinet Nielsen et intitulé Nielsen Global Survey - baby care. Dans ce sondage, il apparait que les principaux critères d’achat dans le monde par ordre d’importance sont la confiance dans la marque, la qualité nutritionnelle, la garantie des ingrédients et du mode de fabrication, des ingrédients biologiques ou 100% naturels, un goût apprécié par l’enfant et un bon rapport qualité-prix. Dans ce marché estimé à près de 30 milliards de dollars en 201546% des ventes se font hors Europe et Amérique du Nord.

 

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L'innovation récompensée

 

Lauréate du programme MEETAFRICA 2016

2ème prix au concours HUB Africa 2018 

 

L’entreprise créée en 2017 produit en moyenne 200 petits pots de purée par jour dès 6 mois et propose des choix de distribution innovants. À côté de la distribution classique - grande surface et pharmacies - les petits post sont aussi vendus aux crècheslivrés à domicile et en abonnement mensuel avec un système de consigne garantissant un reversement de 300 FCFA par pot conservé. Ce qui est à la fois écologique et économique parce que les prix des pots de 90 grammes  et de 200 grammes étant respectivement de 1000 FCFA et1800 FCA reviennent respectivement après consigne à 700 FCFA et 1500 FCFA au second achat.

 

De même, leur communication se veut tout d’abord pédagogique et passe par des activités de sensibilisation et de formation en groupe. Quant à leur stratégie de lancement, ils ont commencé par petits bouts comme dans toute démarche effectuale : tester d’abord l’idée et dans leur cas, la production avant d’investir des fonds plus conséquents. Le Lionceau c'est aussi près d’une année et demi de recherches en laboratoire, de tests sur le terrain et de retours clients instructifs. Ce qui se conçoit aisément quand un marché est dominé autant par des produits principalement importés et que les habitudes de consommation ne changent pas du jour au lendemain.

 

Comme dans toute innovation, les early adopters sont les familles aisées et la classe moyenne, mais la volonté de Siny SAMBA est bien d’en faire des produits de consommation courante pour bébés et d’atteindre aussi bien les zones rurales du Sénégal que la région Afrique de l’Ouest afin que les économies d’échelles permettent d’autres innovations et activités de recherches et développement.