Pensez comme un entrepreneur

 

Arthur ZANG, le futur des soins en Afrique face aux déserts médicaux

Pensez comme un entrepreneur. C’est ce que je dis à mes clients. Pensez comme un entrepeneur. À un atelier il y a plus d’un an, un participant me disait  : « Vous voulez que nous pensions comme des entrepreneurs, mais nous ne sommes pas des entrepreneurs ».

Et pourtant,  tout superviseur désireux de voir ses collaborateurs évoluer attend cette attitude de leur part. C’est le meilleur conseil que j’ai reçu il y a 9 ans quand j’étais salariée : « J’attends de mes collaborateurs qu’ils pensent comme des entrepreneurs.». Qu’est-ce qu ça signifie ? Ça signifie que quelle que soit votre activité, vous devez la gérer comme si c’était votre affaire. Comme si vous ne travailliez pas pour une organisation, mais pour vous. Votre argent. Vos enjeux. Votre portefeuille de projets, clients ou d’activités.

 

Beaucoup confondent entrepreneur et entreprise. Dans l’un, il s’agit avant tout d’état d’esprit, de raisonnement, d’innovation et de stratégie. Dans l’autre, il est question d’une forme juridique ou au mieux comme dit Elon MUSK, patron de Tesla Motors (véhicules électriques haut de gamme) et SpaceX (transports spatiaux et fusées réutilisables) « d’un groupe de personnes qui travaillent ensemble sur des produits ou des services ». La nuance mérite d’être soulignée.

Le terme entrepreneur fait peur. Et pourtant c’est une occasion rare qui vous est donnée de libérer votre génie. Osez dépasser vos peurs parce qu’il y a de nombreux mythes sur l’entrepreneuriat. J’en ai identifié 6 :

-      Pour entreprendre ses idées, il faut avoir des idées de génie.
-      Sans financements conséquents, rien ne peut se faire.
-      Certains sont nés entrepreneurs dans l’âme, d’autres non.
-      Il faut un contexte favorable.
-      Il faut être prêt pour entreprendre ses idées.
-      Il faut créer un business plan carré. 

Au Cameroun, Arthur ZANG a démarré comme Steve JOBS et Steve WOSNIAK aux États Unis ont débuté. Il n’a pas attendu que les financements viennent le trouver.  À vrai dire aucune banque ne souhaitait le financer. 

 

Arthur ZANG s’est lancé en 2009 dans la création du CardioPad parce que le Cameroun, pays de 20 millions d’habitants à l’époque, comptait moins de cardiologues.  À la suite d’un stage dans un service de cardiologie, le jeune ingénieur en informatique ne ménagera plus ses efforts pour y pallier.

Crédit photos : Himore Medical
 

 

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La télémédecine,
une solution à la pénurie de cardiologues au Cameroun

 

L’ancien étudiant de l’école polytechnique de Yaoundé qui dit « avoir toujours été intrigué par le fonctionnement des appareils médicaux » était étonné de voir dans ce service, des électrocardiogrammes en papier. Le premiers pas pour lui fut de créer une application capable de numériser le signal cardiaque.

Puis, il décida alors de se réinscrire en recherche avec l’idée de créer une tablette tactile à usage professionnel qui permettrait par capteurs de pratiquer un examen cardiaque (ECG).  À l’aide de l’application mobile intégrée, les données sont envoyées à distance au cardiologique qui peut les analyser depuis son téléphone et faire une prescription médicale à l’assistant médical qui a effectué l’examen. 

Pour pallier aux coupures d’électricité, la société a prévu aussi dans le kit des batteries rechargeables par panneaux solaires.

 

Sur le site de l’Observatoire national des ressources humaines du ministère camerounais de la santé, le nombre de cardiologues indiqué est de 38 dont 25 dans 2 des 10 provinces du pays, le Littoral (9) et le Centre (16). Autrement dit 8 provinces doivent jongler avec 13 spécialistes. Grâce à l’innovation d’Arthur ZANG et de son équipe, plus de personnels soignants peuvent être formés aux examens via le CardioPad. Et sauver plus de vies.

 

 

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Pour y parvenir, il s’est inscrit à des MOOC (Massiv Open Online Course) indiens pour apprendre commencer à apprendre à fabriquer un tel appareil.  Il fut aussi remarqué dans le cadre d’un concours  international, le Microsoft Imagination Competition et reçut des composants électroniques. Il se lança également dans le financement participatif. Chemin faisant, une vidéo de son projet parvint au Président camerounais et l’État camerounais décida de lui accorder une aide de 40000 dollars. Arthur ZANG a été également récipiendaire du prix Rolex Awards for Entreprise et a bénéficié d’une bourse de 50 000 euros.

  

« Mon père est décédé d’une attaque cardiaque pendant la phase de développement du CardioPad. Cela m’a donné encore plus de motivation pour mener le projet à terme », 
Arthur Zang, au micro de la BBC en janvier 2016

 

Début 2015, Arthur ZANG créait ses premières tablettes. La commercialisation officielle démarra en janvier 2016. Aujourd’hui plus des 40% des ventes de l’entreprise Himore Medical qui commercialise le CardioPad sont réalisées avec le secteur public camerounais. Là où un service de cardiologie devrait être équipé d’appareils coûteux, les tablettes CardioPad coûtent environ 3 299 dollars. Elles sont évolutives puisqu’elles intègreront dans le futur un interface de consultation visuelle. Pour aujourd’hui diriger cette PME de plus de 150 millions de CFA (228673 euros), le jeune dit avoir dû penser en même temps comme un ingénieur et un entrepreneur.  

 

Pour vous accomplir, vous avez plus besoin de questions que de réponses. Vous avez besoin de bonnes questions. Celles qui vous aident à dépasser le statu quo. Et à penser différemment.

 
 
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