Ce que veulent les millennials

ce-que-veulent-les-millennials - copie.png
 

Créer un nouveau monde du travail, où s’accomplir est possible. Et auprès de leaders qui croient en leurs capacités. Les millennials veulent avoir un impact et créer leur destin.

(Article écrit à l’origine pour le guide du forum de recrutement Paris 2019 organisé par le cabinet AfricSearch)

 
Cela ne fait aucun sens d’embaucher des gens intelligents et de leur dire ce qu’ils doivent faire. Nous recrutons des gens intelligents afin qu’ils nous disent ce que nous devons faire.
— Steve JOBS

1. Les millennials et moi

Nous sommes en septembre 2016. Prince, étudiant en fin d’année d’études d'ingénieur me contacte par le biais de Facebook. Il a une idée entrepreneuriale et sollicite mon aide. Je dis oui et pendant 6 mois, je découvre une personne mue par une volonté d’innover pour favoriser la croissance et la performance des PME locales de son pays d'origine. Sa capacité à trouver des informations hautement stratégiques et à connaître aussi finement la chaîne industrielle locale me bluffe. En l’aidant à se dépasser, je me dépasse moi-même. 

Cette première co-créativité à distance lance mon aventure collaborative avec les Millennials. Et depuis Prince, mes clients ont la particularité à 90% d’être des millennials. La deuxième particularité est que ce sont des personnes aux cultures multiples. La plus jeune a 22 ans et vit en Belgique. La plus âgée 36 ans, a quitté la France pour le Sénégal. Cette population née entre 1980 et 2000 se sent libre d’agir à sa manière.

De l’intérieur, je sais que croire en eux les rend motivés et plus productifs. Leur faire voir ce qu’ils ne voient pas, les rends innovateurs. Avoir grandi dans un monde où l’information est accessible en un clic leur donne encore plus envie d’agir pour avoir un impact. Comme consommateurs, ils ont utilisé ou utilisent des services qui ont souvent moins de 2 décennies d’existence.

À l’échelle mondiale, ils peuvent apprendre, s’ils le veulent, des entrepreneurs visionnaires et innovateurs, qui souvent sont partis de rien. Ou presque. D’Elon MUSK à Jack MA.


2. Un monde du travail où s’accomplir est possible

Les choses changent. Des entreprises transforment leurs environnements de travail en lieux de vie et de créativité, investissant sur le bien-être de leurs salariés. Mais l'entreprise qui veut attirer et retenir ses salariés millennials gagne à exprimer et à illustrer clairement ce qu’elle souhaite que ses salariés deviennent. Dans son essai  Do You Want Your Customers to Become ?Que voulez-vous que vos clients deviennent -, Michael SCHRAGE (1) rappelle que les entreprises innovantes transforment leurs clients et leur demandent de devenir de meilleurs chercheurs (Google), créatifs (Apple) ou critiques (Amazon). 

Dans le même ordre d’idées, une entreprise ne va pas seulement retenir ses salariés millennials avec des avantages et de beaux espaces de travail. Mais en aidant ses salariés à définir qui ils souhaitent devenir. En les aidant à s’accomplir pour ne pas avoir un job ou un emploi en entreprise, mais une étape de son destin à créer.

Les gens offrent le meilleur d’eux-mêmes quand ils sont à leur meilleure place. L’enjeu est donc de définir avec eux cette meilleure place et construire un environnement qui facilite leur créativité, leur prise de risques et l’accomplissement du soi. 

Customers will never love a company until the employees love it first.
— Simon SINEK

« Les clients n’aimeront jamais une entreprise à moins que les employés l’aiment en premier » dit le conférencier et auteur Simon SINEK. Dans le monde du travail, certaines entreprises ont compris que l'enjeu demain est la fidélisation de leurs salariés, notamment des millennials. Aussi investissent-elles aussi pour être reconnues comme entreprises où il fait bon travailler. Chaque année dans 60 pays, près de 6000 entreprises sollicitent cet audit de Great place to work, des plus grandes aux plus petites. Pour celles qui se prêtent à l’exercice, cela impacte fortement l’engagement des salariés et développe une culture d’appartenance. Mais surtout, plus de salariés se rendent au travail avec plaisir.

En 2020, les millennials vont représenter la moitié de la population globale active. Et le rapport DELL et de l’institut pour le futur estime que 80% des métiers de 2030 n’existent pas encore. Ces 2 données élargissent plus que jamais le champ des possibilités professionnelles et laissent augurer un nouveau contrepoids face aux managements traditionnels. 

Beaucoup de millennials travaillent et ont travaillé tout en poursuivant leurs études. Arrivés à 25, 30 ou 35 ans, la plupart ont déjà expérimenté de nombreux environnements et cerné ce qui leur correspond mieux. Ils savent aussi intuitivement ce qui ne contribue pas à les faire grandir et à exprimer leur raison d’être. Et ils ne sont pas les seuls. 

3. Un leadership qui inspire et stimule l’engagement

En 2018, 6% des salariés français disaient être vraiment engagés  (Gallup).  L’herbe n’était pas plus verte chez les managers puisque seulement 8 % des managers étaient engagés. Un désengagement qui coûterait 97 milliards d'euros à l'économie française. 

Quant au reste de l’Europe, les taux d’engagement les plus élevés observés principalement au Portugal et en Europe du Nord (Norvège, Suède, Danemark) ne dépassaient guerre 16-17%. À l’échelle mondiale, ce sont plus de 900 millions de personnes dans 142 pays qui ne s'accomplissent pas au travail (Gallup 2016).  

Une vie de travail concentre 80 000 heures, 9 années complètes environ. Autrement dit là où nous passons le plus de temps de notre vie est là aussi où beaucoup parmi nous ne s'épanouissent pas. Ça, les millennials en sont conscients. Ils ont déjà vécu directement et/ou indirectement ce décalage entre ce à quoi ils aspirent vraiment - leurs idéaux, leurs valeurs - et ce qu’ils font.  

Dire que les millennials veulent un métier qui a du sens et qui leur permet de s’épanouir devrait être trivial. Qui voudrait le contraire ? Et oser le dire est à leur avantage. Ils montrent qu’ils sont plus responsables et plus courageux qu’on ne le pense. 65% des millennials estiment que les méthodes de travail traditionnelles freinent leur potentiel (étude PWC, the future of work to 2030, 2017). Aux Pays Bas, en Allemagne, en Angleterre et en France, ils sont 68% à avoir déjà fait des compromis dans leurs emplois actuels (étude Yougov).  

Il est aujourd’hui nécessaire d’inverser le paradigme. Lier le travail à l’accomplissement de soi permet aux gens d’être plus créatifs et de libérer leur génie personnel. Dès lors, les gens n’attendent plus d’être stimulés ou motivés, ils savent où ils veulent aller et qui ils veulent devenir. Et ils y vont. 

Il faut d’autant plus accélérer cette vision que tous les emplois détruits ne seront pas remplacés. Les prédictions sont de 2,5 millions d’emplois d’ici 2025 en France (Roland Berger Consulting France). Le futuriste américain Thomas FREY anticipe lui une suppression de 2 milliards d’emplois d’ici 2030. Pour anticiper ce futur, un autre type de management est indispensable.

Les millennials ont besoin de leaders capables de les faire grandir. De les faire sortir de leur zone de confort. De les aider à avoir une vision et à concevoir leur emploi comme une opportunité de résoudre un problème majeur. De les inciter à voir dorénavant la vie professionnelle comme un apprentissage permanent. Et de s’assurer qu’ils s’accomplissent et travaillent à leurs aspirations. Tout un leadership émotionnel à développer plus que jamais.  Un leadership transparent, empathique, pédagogique, qui inspire et cherche à stimuler leur potentiel de leadership.

Quand les gens retrouvent en eux ce quelque chose qui vit, qui les passionne et correspond à leur vision idéale du monde, ils commencent à se connaître plus et mieux et surtout à faire, à oser. Ce n’est pas le C.V. qui dévoilera ces capacités, mais chercher à découvrir qui est la personne qui meut le salarié. Une conversation à la fois. Ainsi selon Manpower, (2015) 38% des employeurs dans le monde (et 29% en France) auraient des difficultés à attirer les talents nécessaires.  

Les millennials d’aujourd’hui sont les leaders de demain. Dans leur quête et leurs exigences, ils s’y préparent déjà. Différemment.

(1) Chercheur associé au MIT et enseignant à l'imperial college business school. Harvard Business Review Press 2012.

 (3) Étude Yougov pour Monster interrogeant 1000 personnes de 18 à 36 ans aux Pays Bas, en Allemagne, en Angleterre et en France.

Autres sources pour préparer cet article :

Millennials au travail : arrêtez d’en parler sans vraiment savoir, septembre 2018. 

Comment Les Millennials Dessinent L’Entreprise De Demain, février 2018. 

Most millennials will only work for purpose-driven firms , mars 2018.

Quand les millennials poussent les entreprises à repenser les lieux de travail , janvier 2018.

Mais pourquoi les salariés français sont-ils si peu engagés au travail (selon les Américains) ? Septembre 2018.

Les millennials au travail, au-delà des idées reçues, 2016.

6 faits étonnants sur le rapport des millennials au travail, mars 2017.

900 Million People in the World Are Unfilled With Their Work. Here’s What To Do If You’re One of Them, juillet 2016.

Photo by Brooke Cagle on Unsplash