Faites ce qui est difficile

 

Aïssa DIONE, la fine fleur du textile africain

 

Our task today is to find singular ways to create the new things that will make the future not just different, but better
— Peter THIEL

O.K. vous ne l’avez jamais fait. Mais ça ne veut pas dire que vous ne pouvez pas le faire. 

Faites ce qui est difficile et vous décuplez votre créativité. Vous élargissez aussi votre zone de confort. Faire ce qui est difficile c’est souvent aller à contre-courant. Là où les autres se livrent une compétition, misez sur votre différenciation. Vous aurez plus de place pour vous accomplir.

Les conditions parfaites n’existent pas. Il y aura toujours des contraintes. À vous de les transformer en opportunités. Dans l’action, vous repoussez vos limites. Vous faites des erreurs et apprenez plus. Vous ajustez. Vous vous révélez ! Cela est valable pour l’entrepreneuriat comme pour l’emploi.

Faire ce qui est difficile c’est identifier un problème. Le cerner à la racine. Beaucoup de raisonnement critique s’il en faut. Mais assurément une façon contre-intuitive de penser. Là où l’océan sera plus bleu que rouge. Là où les gens valorisent le service, l’innovation, la résolution de problèmes. Faire ce qui est difficile c’est aller à la rencontre de notre raison d’être unique. 

Le meilleur exemple qui me vient à l’esprit est celui d'Aïssa Dione, fondatrice de Aïssa Dione Tissus et aujourd’hui à la tête de près de 100 employés au Sénégal. 

 

Crédit photos : Anthony MARCO pour la galerie Nelly Wandji, dans le cadre d'une explosion intitulée « Weaving, Art, Objects » qui a lieu en septembre 2017 à Paris. Photo d'Aïssa DIONE, Jean-Christophe MARMARA pour le Figaro.
 

 

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Prospectant pour vendre ses tableaux en 1985, une grande entreprise fit part  à Aïssa DIONE de ses besoins : donner un nouveau souffle à leurs bureaux. C’est ainsi que l'artiste-peintre qu’elle était déjà a ajouté d’autres talents à son génie, le design textile. Et la volonté d’exploiter et de valoriser les savoir-faire locaux a transformé un pari risqué en une marque internationale. En 1992, elle créait Aïssa Dione Tissus.

Au démarrage de cette nouvelle activité, un seul tisserand avait accepté le pari d'Aïssa DIONE : celui d'augmenter la largeur des tissus de fabrication artisanale de 15 cm - largeur traditionnelle du tissage manjak - à 90 cm. Derrière cette condition, un contrat de décoration intérieure avec une grande entreprise locale. Une première pour l'artiste, mais aussi pour une entreprise de cette taille qui généralement avait recours aux importations. Alors, Aïssa DIONE commença avec ce tisserand dans son jardin. Puis parvint à convaincre le frère de ce dernier. Et enfin leur cousin. Diplômée des beaux-arts en France, la franco-sénégalaise voyait déjà dans ce premier apport technique la possibilité de conquérir l’international. Aujourd’hui ces mêmes tissus ont des largeurs répondant aux standards européens, soit 140 cm.

Les tissus Manjak sont habituellement utilisés pour des grandes cérémonies en Afrique de l’Ouest. Aïssa DIONE a donné, à ce tissage et à tous ces savoir-faire en extinction, une qualité exceptionnelle et un jeu de couleurs et de motifs uniques et travaillés. Moderniser les savoir-faire traditionnels et proposer une slow industrie est son crédo. Ce n’est pas la quantité qui compte, mais la qualité, la beauté, la créativité. Le textile africain est ici élevé au rang d’artisanat d’art. 

 

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L’industrie textile sénégalaise a quasiment disparu. Excepté les ateliers Dione. Grâce à des commandes d'institutions d'excellence  comme le Métropolitan Museum store New York, Hermès, Paco Rabanne, Fendi, Christian Lacroix, sans compter un référencement auprès de grands magasins - Takashimaya au Japon - d'architectes et de décorateurs d’intérieur comme Jacques Grange ou Peter Marino. Au Sénégal, des hôtels comme le King Fahd Palace de Dakar lui ont fait confiance. À la clé, un contrat de plusieurs millions de francs CFA.

En rachetant et en exploitant les machines des anciens acteurs du secteur en faillite, la maison Dione crée des tissus de haute qualité à un prix 15 à 50 fois plus élevé que les anciens exploitants. Les machines aussi peuvent créer de la valeur quand les hommes deviennent plus innovants. Dans les années 80, le secteur comptait environ 70 000 employés. La maison Dione est l’une des seules encore en activité.

 

Du côté de la production de coton, le Sénégal ne fait pas mieux. Sa part de marché dans le secteur du coton est restreinte, 40 000 balles seulement (une balle vaut 480 livres ou 217,7 kilogrammes) pour la campagne 2017/2018. La région Afrique de l’Ouest a produit au total 4,685 millions de balles, soit une progression de 5%  (commodafrica). Mais le continent exporte 95% de sa production. Du coton fibre qui sera filé, puis tissé à l’étranger et reviendra sous forme d’importations. Un perfectionnement complètement passif dans lequel le continent ne retient qu’une partie infime de la chaîne de valeur internationale. Pour un coton pourtant de haute qualité.

Dans toute l'Afrique de l’Ouest, le secteur du coton et du textile concentre  10 millions de producteurs et plus d’un million de salariés. Il reste à peine une dizaine d’entreprises de transformation pouvez-vous lire dans le magazine Afrotribune

 

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Mais qu’a fait Aïssa Dione pour devenir
la fine fleur de l’industrie textile en Afrique ? 

 

Ce qui est difficile. Créer une chaîne de valeur intégrée qui réunit et fait travailler différents métiers comme le tissage, la broderie, la maroquinerie, la couture, la tapisserie et la menuiserie . Proposer un concept unique et différenciant d’ameublement et de décoration intérieure. Proposer du 100% Made in Africa. Collaborer avec les artisans locaux. Avoir du courage et persévérer même quand les banques et institutions financières ne suivent pas. 

Ce qui est difficile c’est avoir une vision et de patiemment la créer. Pas seulement par ambition, mais pour une cause encore plus grande : être le fer de lance d’une nouvelle industrie dans un secteur à l'agonie. Et pas qu'au Sénégal.

 


 

Apollonia POILÂNE . 34 ans . 3ème génération de boulangers . France

 

De la France au monde. In pursuit of rétro-innovation. 

Les circonstances ne font pas l’homme, mais le révèlent.
— James Allen


Chaque vie a son lot d’épreuves et de décisions graves à prendre. Vous pouvez baisser les bras. Parce que c’est dur. Mais vous aussi être courageux. Dépasser l’adversité dans l’espoir de meilleurs lendemains. C’est pour cela qu’aujourd’hui, j’écris un billet sur Apollonia POLÂNE, 3ème génération de boulangers et PDG de la maison de haute boulangerie française POILÂNE.

Les pains POILÂNE sont prisés en France et dans le monde pour leur fabrication artisanale. Ils sont reconnaissables pour leur miche brune de près de 2 kilos, marquée d'un P majuscule sur la croûte. Des pains au levain, cuits au four à bois. À la base, des farines moulues à la meule de pierre et du sel de mer. Pas d’additifs.  Mais des pains à l’ancienne qui se conservent aussi plus longtemps.

 

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Pourquoi écrire sur Apollonia POILÂNE ?

 

Parce qu’elle reprend à 18 ans seulement les rênes de l’entreprise familiale après le décès de ses deux parents en octobre 2002À cette période, elle se prépare plutôt à intégrer la prestigieuse université américaine Harvard pour poursuivre ses études d’économie et de gestion. Que de courage, de sens des responsabilités et de force à un si jeune âge !

Pendant 4 ans, Apollonia POÎLANE sera étudiante et PDG d'une entreprise de plus de 130 salariés et de 12 millions d’euros de chiffre d’affaires depuis BOSTON, dans l’État du Massachusetts . Tout en dissuadant les acheteurs potentiels, il s’agit aussi de préserver un nom, une histoire démarrée par son grand-père Pierre POILÂNE en 1932, rue du Cherche-Mididans le 6e arrondissement de Paris et développée par son père Lionel POILÂNE dès la fin des années soixante.  En mariant le meilleur du passé et le meilleur du présent, son père inventa le concept de retro-innovation. De la manufacture à Bièvres (Essonne) construite dans les années 80, des pains sortent du four pour rejoindre des tables du/ monde en 24 heures. 

Parce qu’elle se veut gardienne d’une certaine tradition, « un pain qui a du sens ». Pas d’opportunisme. Non au pain sans gluten parce qu’il Il ne correspond pas à l’âme de la maison. Mais oui à une diversité bien pensée. L’essentiel est dans quelques références (pain Poivré, buns, pain d’épices, chips de pain, sablés punitions) dont la fameuse miche. Dans son temps, son grand père avait refusé de fournir du pain blanc, « préférence » de l’époque. 

 

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Parce qu’elle trace sa propre voie à l’international. Son père, Lionel POILÂNE avait ouvert une boulangerie à Londres en 2000. Sous la direction de la jeune femme, 4 boulangeries ont été ouvertes à Paris,  à Londres (2011) et à Anvers (2016). Chaque jour, ce sont plus de 10 tonnes de pains qui sortent des fournils de Bièvres et de Paris, dont plus de 5000 pains au levain livrés dans 40 pays et auprès de 1500 distributeurs y compris des restaurants. 60 boulangers assurent cet exploit, soit un tiers de l’effectif. 

L’objectif pour Apollonia POILÂNE demeure la qualité. Qualité des ingrédients. Qualité du pain au niveau mondial. Qualité de la formation des équipes. Pour un pain qui continue à rassembler les humains. Un amour du pain, de son pain qu’elle partage aussi à travers l’écriture. En effet, Apollonia POILÂNE est auteure de plusieurs livres sur la préparation de pains, de brioche et de biscuits.

 

Crédits photos : Stéphane LAGOUTTE, l'Express, maison POILÂNE

Sources : maison POILÂNE, Thegentlewoman.co.uk; Challenges; blog l’Express; le Monde; Financial Times.